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Demain, le secteur des soins sera-t-il sexy ou deviendra-t-il malheureusement encore plus « flexi » ?

07/07/2026

Le Gouvernement et les employeurs tentent de présenter le flexi-job dans les soins comme une solution pragmatique, voire même indispensable. Mais lorsqu’on examine sérieusement leurs arguments, on y voit surtout une tentative de masquer des problèmes structurels. 

De manière générale, on peut dire que si les travailleurs ou les pensionnés ont besoin de flexi-jobs pour gagner quelques centaines d’euros nets supplémentaires chaque mois, c’est avant tout la preuve que les salaires et les pensions ne suivent plus l’augmentation du coût de la vie. C’est le résultat de plusieurs années de mesures d’austérité ! 

L’argument selon lequel le flexi-job est désormais entré dans les mœurs et devrait dès lors être étendu à d’autres secteurs ne tient pas la route. Le secteur des soins n’est d’ailleurs pas un secteur comme les autres. Il s’agit d’un secteur vital, financé par des moyens collectifs, en particulier via notre sécurité sociale. Faire comme si cette distinction n’avait aucune importance revient à nier la réalité spécifique du secteur des soins.

Les employeurs affirment que le flexijob- peut aider à pallier les pénuries de personnel, parce que la flexibilité du système encouragerait les soignants et les pensionnés à travailler davantage ou à reprendre une activité. Mais cet argument déforme aussi la réalité. Aujourd’hui, le personnel soignant choisit souvent délibérément d’exercer un flexi-job en dehors du secteur, précisément parce que le travail dans les soins est trop lourd et que les conditions de travail ne sont pas suffisamment attractives. Les flexi-jobs risquent d’entretenir ce problème, car on n’investit pas dans de meilleurs salaires, des horaires soutenables ou des conditions de travail faisables, mais dans une solution temporaire bon marché.

Il en va de même pour le soi-disant effet d’activation des flexi-jobs. Une personne qui travaille au moins à 4/5 aujourd’hui est déjà active sur le marché du travail. Alors que des travailleurs sans emploi ou des travailleurs à temps partiels s’activent pour qu’on leur propose un contrat de travail à temps plein pour pouvoir vivre avec aisance. Ils se trouvent face à une concurrence directe avec l’introduction de ces flexijobs plus attractifs pour l’employeur. Et si l’on mise sur les pensionnés, la question se pose : pourquoi reconnaître d’une part qu’une carrière dans les soins est mentalement et physiquement trop lourde pour être poursuivie jusqu’à 67 ans, pour ensuite vouloir réintégrer ces mêmes personnes par une porte dérobée ? 

De plus, cette approche « flexible » touche directement à la qualité et à la continuité des soins. L’expérience d’un recours excessif aux intérimaires et à d’autres profils temporaires démontre depuis longtemps que les transmissions de tâches deviennent plus difficiles et que le risque d’erreurs augmente lorsque les équipes manquent de stabilité. L’introduction du flexijob dans le secteur des soins risque d’amplifier ce problème !

Les employeurs évoquent aussi une discrimination entre fonctions au sein des établissements de soins si les flexijobs ne sont pas possibles pour tous. Elargir aux fonctions de soins, un dispositif que nous dénonçons depuis plusieurs années, serait encore plus préjudiciable tenant compte de leurs missions auprès des patients. Les professions de soins  relèvent de cadres légaux distincts ou impliquent des responsabilités différentes. Rappelons par ailleurs que tout emploi mérite un véritable contrat de travail, à part entière.

Le cœur du débat est donc simple : tant que l’on refuse de s’attaquer aux causes réelles de l’exode des travailleurs et des pénuries, les flexi-jobs ne seront qu’une solution de façade. Plus largement, on peut affirmer que lorsqu’un emploi à 4/5 complété par un flexi-job devient financièrement plus intéressant qu’un emploi à temps plein dans sa propre fonction, un effet pervers apparaît : le travail stable perd de son attractivité au profit de statuts flexibles et temporaires. À terme, ce sera néfaste pour le marché du travail, pour les employeurs qui comptent sur une main-d’œuvre stable à temps plein, et pour notre sécurité sociale.

Certes, dans les discussions avec les pouvoirs publics et les employeurs, des mesures sont proposées pour réguler le recours aux flexi-jobs, mais ces mesures — même si elles sont contrôlables et applicables — ne changent rien à l’impact des flexi-jobs en tant que tels sur les conditions de travail et de rémunération des autres travailleurs. C’est pourtant exactement ce que l’expérience dans d’autres secteurs, comme le commerce, nous enseigne. À terme, un flexi-job ne vide pas seulement notre sécurité sociale de sa substance, il met également sous pression un statut de travailleur avec des conditions de travail et de rémunération décentes, dans une quête permanente de flexibilité accrue et de main-d’œuvre toujours moins coûteuse.
Pour rendre attractif le secteur des soins et diminuer la pénurie, il faut davantage de collègues à temps plein et à durée indéterminée pouvant intégrer et soutenir une équipe solide, permettre une meilleure conciliation vie privée/vie professionnelle, réduire la pression au travail, soutenir la santé physique et mentale des collègues, et offrir des emplois durables et de qualité. Nous ne voulons pas de flexijobs qui détricotent la sécurité sociale, l’accès à des emplois de qualité, la cohésion d’équipe, et la qualité des soins !